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    Artiste dont le travail de plasticienne s'incarne en diverses identités/
    /installation/vêtement/photographie/écriture/mise en scène...

  • Il y a des artistes qui séparent l'atelier de la maison de façon à passer d'un monde à l'autre. Ils souhaitent une étanchéité, une coupure. D'autres au contraire englobent tout dans le même continuum. Une sécrétion continue gagne du dedans vers le dehors. Tout semble relié. Le plus petit dénominateur commun de l'oeuvre de Fred Sathal, le fil. Il ne se déroule pas mais s'étoile. Il relie les points cardinaux, les constellations, les histoires. Le fil est un journal de bord. Il se tresse et se noue pour former l'équivalent du quipu inca, cette écriture de cordelettes de différentes textures et couleurs. C'est le point qui voyage.

    Au départ du travail de Sathal se trouvent différents points qui ont tous un nom. Le point cicatriciel par exemple. C'est cette minuscule unité qui va recouvrir et s'étendre. Dans un point, on tient le véhicule. Le point ne rêve pas encore du vêtement. Il ne va pas bâtir une robe ni un manteau. Les stylistes qui croquent une ligne et multiplient les esquisses pour rectifier la tombée d'un pli, projettent sur la feuille une idée, une intention. Mais le point qui va à pas de fourmi ne fait le tour du vêtement qu'après bien du chemin. Les collections de pièces uniques de Sathal évoquent  ce voyage. Nous pourrions reprendre l'itinéraire d'un promeneur et croire que se sont des fils qui se promènent dans les plis d'une peau. Le point cicatriciel l'indique.

    On commence par la texture, le point de vue myope des doigts, sans débattre de ce qui serait de l'ordre du costume, de la mode ou de l'art textile. Sathal ne fait pas de l'art textile parce que chacune de ses pièces vit sur un corps. Dans les années soixante, l'artiste brésilien Helio Oiticica a créé des vêtements colorés avec des tissus de récupération et des plastiques, d'une simplicité à l'échelle de le favela, pour qu'ils soient dansés. Le " parangolé " est un tissus dansé, de la couleur dansée. Il est fait pour la samba urbaine des enfants des rues. La conscience d'un vêtement habité, Sathal l'a de bout en bout. Elle ne fait pas des vêtements portés mais des habits qui s'incarnent. Ce n'est pas proche de la peau, c'est souvent de la peau, une cartographie grattée. Aussi, même si le défilé de mode ne lui fait pas peur, on sent bien que des vêtements aussi mobiles ne peuvent pas être portés par un stéréotype. Sitôt rencontrée sa Haute Couture, on pressent que les habitants de cette peau en ont un usage intime et secret qui déloge le stéréotype : une étoffe qui assouplirait le mannequin, le ferait entrer dans cette robe. Du ravaudage envers et endroit qui insiste sur ce qui craque, où rien n'est ébarbé mais devient au contraire aussi échevelé que des libations de peinture, dans ce que Pollock doit aux Indiens. La couture est partout avouée, les moments de texture forment des archipels. Le fil rencontre la photographie et la typographie des marques, des labels, logos. Sathal coud des photos. Andy Warhol à la fin de sa vie cousait des séquences, des bouts de reportage pris à la volée. Richard Baquié cousait ses photographies de paysages pour les faire tourner dans tous les sens et rapiécer un panorama. Chez Sathal, tout est pris dans une trame d'araignée qui digère ce qu'elle rencontre et en fait sa pelote, des inspirations ethniques à ce qu'on nomme street art. Le tissu converse avec le tatouage.

    Cette couture préserve la pièce d'étoffe originelle rendue vivante par le drapé et suit davantage la logique d'un mouvement que celle d'une anatomie. Elle s'appuie sur le plissé, l'échancré, le fendu, la découpe et le patron. Elle investit le relief, le feuilletage, les poches à crevés, le traitement local des matières, le collage, l'efficacité d'une image. On sent plus l'aiguille que les ciseaux. Les textures sont expérimentées dans des livres palimpsestes bourrés à craquer de papiers ramassés, de photos, de traces d'écritures. Du reliquaire de voyages dont les impressions sont traduites par des chemins de fil ou des peaux d'écailles. Sa mercerie et ses butins variés, sont cousus aux étoffes les plus rares, des bout de galuchat, de percaline, de taffetas, tous ces noms dont on goûte le toucher et le bruissement, forment ensemble un journal de bord et rassemble une nature. Mêmes les plus urbaines collections de Sathal font entrer de la nature sur leur trottoir. Peut-être faut-il parler plutôt d'un état de nature ? Certaines de ces pièces suggèrent un rite. Ce qui est en friche dans les plis du vêtement suscite un état sauvage. L'idée de nature s'immisce par les traditions anciennes, la diseuse de bonne aventure, la guérisseuse, la sorcière ou le fée. Même les plus mondaines transportent un peu du chamanisme latent que Sathal indique dans sa conversation. L'habit inventé par le rite ou le rituel incline au costume. Ses vêtements peuvent être des costumes dans la mesure où ils apparaissent aux autres en évoquant une fonction ou un rôle immémorial, ce qui induit le spectacle. La texture dont l'extention est organique, dont les connections sont intimes, organise un ensemble spectaculaire qui pourrait appartenir au monde du spectacle, particulièrement le théâtre, dans le sens ou il est la continuation du rite.

    Il faut suivre la présence des mains de Sathal. Une vie d'une densité incroyable est exprimée par des mains dont chaque geste est précis, sans sécheresse, d'une fermeté qui étonne. La chorégraphie des mains exprime déjà la façon dont la pièce vit. Il n'y a pas un vêtement qui ne parle pas d'une ouverture qui le déborde. Ses mains, si remplies d'énergie qu'on sent avec quelle vigueur elles peuvent pincer, accrocher, forcer l'aiguille dans l'épais, vivent la couture comme un ensemble de soins. Ce sont des mains qui soignent, pansent et envisagent le vêtir comme une médecine. Porter un habit de Sathal, c'est entrer dans une vaste amulette ou l'on opère sa métamorphose. L'artiste Joseph Beuys lors de sa convalescence chez les Tatars a été placé sous des couvertures de feutre, concrétion de poils d'animaux où il a fait sa guérison. De quoi peut-on guérir en regardant ces textures chargées comme des écorces et des fruits ? Du regret d'un paradis perdu ?


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  • FRED SATHAL//INSTALLATION//


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  • FRED SATHAL ORIGINAL ***


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  • VËTEMENTS//DECORS//PHOTOS FRED SATHAL
    BEAUTé NADIA BOUHOU

    MODèLE VIRGINIE GARNERONE


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